Petite rétrospective. En m'inscrivant à cette semaine de formation, j'étais fébrile à l'idée de faire le Mont Blanc, le plus haut sommet d'Europe. Bon, pas tout à fait, parce qu'il y a un sommet en Russie qui est plus haut (le Mont Elbrus). Reste que le Mont Blanc demeure un objectif pour plusieurs. Et surtout pour ma partenaire de cordée! De mon côté, j'ai adoré ma semaine passée sur le glacier, à faire des sommets de roche ou mixte et à apprendre les rudiments de l'alpinisme. Pour de vrai, pas en faisant semblant sur les pentes des Chutes Montmorency! Alors le sommet du Mont Blanc était la cerise sur le sundae. Bon, je ne vous cache pas que je souhaitais avoir la chance de le faire, mais ce n'était pas mon 1er objectif. Mais en ce samedi matin, après une semaine d'acclimatation, ça serait quand même dommage de ne pas y parvenir...
Après le déjeuner, ou plutôt après avoir mangé un p'tit bol de céréales, nous enfilons bottes, baudrier, crampons, casque, sans oublier les guêtres, et nous partons encordés à l'assaut du Mont Blanc. Déjà, il y a plusieurs cordées devant nous. Tout le monde avance à la lueur des lampes frontales.
Comme dans les films d'expédition! Nous descendons d'abord un faux-plat, avant de commencer à monter tranquillement. Tout d'un coup, ça devient plus abrupte. Le rythme ralentit, les gens avancent lentement. Notre guide décide de prendre une pause pour voir ce qu'il arrive. Raison: il y a bien un 20 cm de nouvelle neige recouverte d'une mince croûte glacée. Ce qui inquiète le guide, c'est que le tout est instable. Pour l'instant, ce n'est pas un problème, mais lorsque nous contournerons le Mont Blanc du Tacul, ça pourrait devenir problématique. Il ne faudrait pas que cette couche de neige cède...
Les gens semblent bien passer, alors nous nous engageons à notre tour. Nous arrivons à une crevasse. Pour la passer, il suffit de monter l'échelle! Comme dans les films d'expédition! Bref, ça ressemble de plus en plus à une expédition! Avec les crampons, ce n'est pas si facile, mais on prend vite le tour! Nous continuons notre ascension, sans voir vraiment où nous allons. Mais notre guide semble connaître la montagne comme le fond de sa poche. Je ne sais pas combien de fois il a fait le Mont Blanc, mais suffisamment pour connaître chaque montée, chaque tournant, chaque étape. C'est quand même rassurant!
La progression avance bien. Il semble que les conditions ne soient pas si mauvaise. Le vent semble avoir chassé la neige sur la partie plus exposée. Nous pouvons donc continuer. Mais ce n'est toujours pas gagné. Vers 7h, nous faisons une mini-pause. Le temps d'ajouter un chandail, de manger un morceau et de boire un peu (merde, mon Camelback a gelé!). Je fais vite pipi. Jamais agréable dans ces conditions! Et nous reprenons la route. La majorité des cordées se dirigent vers le Mont Blanc du Tacul. Ce sera leur sommet pour aujourd'hui. Nous et une autre cordée continuons. Nous arrivons au col du Maudit, la partie la plus technique. Il y a une montée assez verticale toute glacée avec des cordes fixes pour nous aider (ça ressemble à une voie en glace de 2+). Mais pour ne prendre aucune chance, le guide monte le premier et nous assure d'un relais installé plus haut. La montée n'est pas difficile, mais les mollets travaillent bien! C'est quand même un bon 30m de dénivelé!
Une fois en haut, pas de répit. Le vent souffle de plus en plus fort. Des rafales de 60-70km/h nous fouettent le visage. À travers mes lunettes givrées, j'essaie de suivre les traces du guide. Mais c'est difficile. J'ai l'impression d'être dans une tempête de neige! Notre guide fait le point de la situation. Ça va bien, mais avec un vent pareil, nous ne pourrons avancer longtemps. Si les conditions sont aussi difficiles au prochain tournant, nous devrons faire demi-tour. Heureusement, sur l'autre versant le vent diminue un peu. Nous continuons à avancer. À un moment, le guide nous annonce qu'il reste 300m de dénivelé avant le sommet. Le sommet du Mont Blanc? Je n'ose pas lui demander, au cas où ... On ne voit toujours pas le sommet, perdu dans les nuages, dans le brouillard. Et mes jambes sont lourdes... Nous montons tranquillement ces 300m, sur une pente bien gelée. Heureusement, car les pas dans la neige sont très difficiles. J'ai le souffle court. Les jambes fatiguées. Mais bon, nous ne sommes pas bien loin du sommet, non?
Et voilà, après 8h de marche, nous atteignons le sommet du Mont Blanc! Et oui, le vrai sommet! Sur l'autre côté de la pente, nous sommes protégés un peu du vent. Et nous avons même droit à quelques rayons de soleil! Nous prenons quelques photos, mais nous voyons que peu des montagnes qui nous entourent. Dommage, nous semblons perdus dans une mer de nuages! Mais bon, on l'a réussi notre Mont Blanc! "Bravo les filles, ce n'était pas un Mont Blanc facile" de nous dire notre guide. Mais l'avantage, c'est que nous étions fin seul au sommet! Hé oui, l'autre cordée était déjà repartie et aucune autre n'était en vue! Mais le désaventage, nous n'étions entourés que de nuages!
C'est donc vers midi, en ce samedi 24 juillet que j'ai réussi mon Mont Blanc.
Mais la journée était loin d'être terminée. Pour redescendre, nous avons 2 possibilités. Retourner sur nos pas, ou continuer vers le Goûter. Mais ce dernier choix implique un passage plus difficile avec risque de chute de pierres. Nous revenons donc sur nos pas, en espérant être à temps pour redescendre à l'Aiguille du Midi. Si non, ce sera une nuit supplémentaire au refuge des Cosmiques. Quoique ce ne serait pas plus mal... Nous entamons donc la descente. Enfin, plutôt le chemin du retour. Bien que le dénivelé soit négatif, il y a quand même quelques montées à faire. Et avec la fatigue, l'altitude et les jambes lourdes, un simple faux-plat devient assez vite pénible. Heureusement, le soleil est de retour et nous pouvons mieux voir tout le chemin parcouru. Arrivée en haut du Mont Blanc du Tacul, nous pouvons enfin prendre une longue pause. Ouf, ça fait du bien! Il est maintenant prêt de 16h. Il reste environ 1h30 de marche. En fait, il reste une belle descente jusqu'au refuge (à 3400m) suivi d'une belle montée jusqu'au téléphérique de l'Aiguille du Midi (à 3800m)! C'est avec les dernières énergies de la journée que nous poursuivons notre route!
Et nous arrivons à 17h45 au téléphérique, juste à temps pour l'avant-dernière cabine! Ouf enfin, cette journée de 14h de marche, et plus de 1800m de dénivelé positif, est terminée! Mais tout a passé tellement vite!
Regard en arrière: Je suis contente de cette aventure. Quoique je ne suis pas sûre de réaliser que j'ai fait le Mont Blanc. Pour plusieurs raisons je crois. Premièrement, ce n'était pas si difficile. Une fois bien acclimatée, l'ascension se fait bien. Avec un guide bien sûr! Deuxièmement, les conditions du matin n'ont pas permis de voir le sommet avant d'être arrivé. D'un côté, cela a l'avantage de ne pas être décourageant en regardant au loin. Mais de l'autre, ça ne permet pas de visualiser l'objectif. Troisièmement, avec le peu de pause qu'on a pris, je n'ai pas eu le temps de vivre vraiment cette ascension. Et oui, je crois que je suis lente après tout! J'aime bien quand j'ai le temps d'assimiler les choses! Finalement, je n'ai que peu de photos de cette journée :( C'est en regardant une photo panoramique du Mont Blanc (que j'ai acheté!) que je réalise le chemin parcouru!
Quoiqu'il en soit, l'objectif a été atteint: je connais maintenant mieux ce qu'est l'alpinisme. Je sais que je suis à l'aise sur les glaciers et sur les sommets enneigés. Moins sur les sommets rocheux et beaucoup moins sur les aiguilles. Mais somme toute... j'ai déjà hâte de retourner dans les montagnes! (désolée maman, mais je n'ai pas fini de te donner des cheveux blancs!)
PS: je vais essayer de récupérer mes (quelques) photos en fin de semaine! petit problème de caméra...
WOW, Clo! T'imagines!!! Tu l'as fait!!! Incroyable!!! Ca a dû passer si vite!! Tu vois, toi qui avais peur de ne pas être capable! Ca démontre bien une chose: quand tu as quelque chose dans la tête, tu ne l'as pas ailleurs, et tu es capable de surmonter bien des défis!!! J'te trouve bien bonne mon amie!!! :)
RépondreSupprimerBravo Claudiane! quel exploit! ta mère peut être très fière de ses cheveux blancs...
RépondreSupprimerDanielle, la mère de Julien
Ma chère Claudiane, je suis vraiment fière mon mon amie qui réalise ses rêves! Tu es vraiment une inspiration! Merci pour ton récit!
RépondreSupprimerSophie
Merci pour les photos! Là je comprend plus ce que tu as fait: ET C'EST COMPLÈTEMENT FOU!!! Tu n'as peut-être pas un grand nombre de photos, mais celles que tu as sont vraiment belles! Bravo Clo!
RépondreSupprimerBravo Clau ! Je t'ai toujours dis que tu étais la meilleure ! Merci pour le récit !
RépondreSupprimerBravo Clo!!
RépondreSupprimerJe suis vraiment fière de toi... Et que dire de plus que j'aurais vraiment souhaité être à tes côtés pour cette expé... Mais un prochain sommet!!
;)
So
XOXOX